Véronique Brown pour « Iconoline » - Ponctuelles.
M - A quoi sont dues ces périodes de stress ?
VB - Aux délais pour rendre les recherches iconographiques. J'alterne des périodes sans travail qui pourraient me permettre de récupérer mais se changent vite en période d'attente angoissante d'un autre contrat de travail. C'est le principal problème des professions dites « indépendantes » et totalement dépendantes du marché et de sa propre santé.
M - S'agit-il de stress dit « positif » ou « négatif » ? Comment faites-vous la différence ?
VB - Les effets du stress qui sont positifs le sont de manière pernicieuse. Ce qui est positif, c'est d'arriver (« grâce » mais je dirais plutôt « à cause » du stress) à rendre un boulot à temps. Dès que ce stress empiète sur des nuits de sommeil, sur la qualité des relations familiales, sur le bien-être intérieur il n'y a plus de bienfaits du stress. La limite est vite dépassée, le stress est toujours là, en filigrane, dès qu'un travail rendu, une autre échéance arrive. Il n'y a pas de pose.
M - Que génère en vous le stress positif (motivation, inspiration, création, initiatives ?)
VB - Le stress est positif quand il m'oblige à me concentrer sur mon travail afin d'être productive et créatrice.
M - Quels pourraient être les indicateurs de stress chronique en ce qui vous concerne, et en ce qui concerne votre métier (ou le secteur auquel il appartient) ?
VB - Insomnies, maux de tête, agacement, agressivité, repli sur moi, compensations par des excès de chocolat.
M - Le stress dû à votre activité professionnelle a-t-il des répercussions sur votre vie personnelle ?
VB - Pendant les périodes difficiles je n'ai plus de temps de bien m'occuper de mes enfants, je travaille jusque tard dans la nuit et les week-end. A ce moment la répercussion est immédiate car je me sens mal et culpabilise de ne pas savoir gérer mon temps.
M - D'après vous, quelles sont les causes les plus fréquentes de votre stress ?
VB - Les problèmes d'argent et sans doute les problèmes de gestion du temps.
M - Pouvez-vous directement intervenir sur elles ?
VB - Après une période calme ou de vacances, oui j'ai le recul et l'energie nécessaires, mais dans le feu de l'action plus difficilement. J'ai besoin de faire du sport pour me retrouver.
M - Devez-vous les subir ?
VB - Par la force des choses mais de moins en moins car je n'en ai plus envie.
M - Avez-vous déjà « craqué » ? Connaissez-vous le « burn-out » ? Vous a-t-il déjà touché personnellement ?
VB - Non, la déprime, la dépression oui.
M - Faut-il tirer le signal d'alarme ?
VB - Absolument c'est indispensable. Le corps s'en charge il suffit de l'écouter.
M - Le harcèlement moral vous est-il totalement étranger ?
VB - Il n'y a pas véritablement de harcèlement dans la mesure où j'ai affaire à des clients qui ne sont pas des patrons et avec qui je peux décider de rompre toute collaboration, mais il y a des personnalités tyraniques avec lesquelles je refuse de travailler.
M - Vous êtes responsable d'un service, d'une équipe ou d'un groupe de personnes, comment faites-vous face à l'agressivité au sein de ce groupe ou vis-à-vis de vous ? Comment annoncez-vous les mauvaises nouvelles à votre équipe, à vos collaborateurs ?
VB - Je ne suis pas responsable d'une équipe mais du projet que l'on me confie, des délais et des négociations de droits, parfois aussi de tarifs. Si un problème intervient, j'en parle ouvertement afin de trouver une solution avant publication.
M - Comment voyez-vous votre avenir professionnel à court, moyen ou long terme ?
VB - Cette profession a évolué de manière radicale ces dernières années. Les banques d'images sont désormais numérisées et facilement accessibles sur Internet permettant aux graphistes, auteurs ou stagiaires d'effectuer les recherches eux mêmes. Parfois sans se soucier des problèmes de droits à l'image, de qualité et de diversité des photos.
M - Comment voyez-vous l'avenir de votre profession dans les mêmes délais ?
VB - Il est possible qu'avec Internet et l'intêret de l'image le métier trouve une autre orientation, peut-être également vers la recherche d'images animées. Les éditeurs commençent à se rendre compte qu'il ne suffit pas de "cliquer" pour trouver une photo, les belles recherches prennent du temps mais les budgets ne suivent pas. C'est dommage.
M - Quelles sont les améliorations à apporter pour diminuer ce stress ? Quelles sont vos solutions ?
VB - Essayer d'anticiper, trouver une autre voie, avoir d'autres projets, de ne pas paniquer.
Auteur : Véronica Brown - « Iconoline » - Iconographe indépendante - www.iconoline.fr (29/04/08)