Dépister et prévenir le stress chronique


Médecin généraliste par le Dr Philippe Cornet *

Sommaire

Stress en consultation

  • Le médecin face au stress
  • Les manifestations somatiques
  • Les compétences du médecin
  • L'écoute

Comment le médecin peut-il guider et éclairer le patient ?

  • Les besoins, les envies et les exigences
  • De quoi procède l'envie ?
  • Et les exigences ?
  • C'est précisément des exigences que naît le stress
  • Le patient doit s'interroger
  • Les changements et le stress
  • Le corps dévasté par le stress

Stress en consultation

Comment le stress conjugue-t-il secrètement les difficultés psychiques d’un être et leurs transformations dans son corps sous forme de plainte somatique ?

Le corps souffrant exprime-t-il, par son langage particulier, les symptômes et les tensions internes qu’une personne subit ? Cette relation trace avec précision la filiation du mot stress qui s’origine de l’ancien français « destresse » qui s’actualisera ensuite en «détresse».

Le médecin face au stress
Il s’agit bien pour le médecin d’entendre une forme chuchotée de la détresse lorsqu’un patient lui confie l’excès de pression qu’il ressent quel que soit le lieu où elle s’exerce - familial, professionnel, ou, de façon plus large, sociétal.

Les manifestations somatiques
De cette situation initiale se propage avec plus ou moins d’intensité une impression d’instabilité émotionnelle, affective, et corporelle. La plainte prendra de ce fait tous les visages  possibles du simple malaise à la maladie la plus sévère : états changeants de l’humeur, troubles du sommeil, de l’attention, indifférence au présent, dépréciation de soi, oppression thoracique, douleurs abdominales, maux de tête, prises de poids avec modifications des comportements alimentaires, désaffection libidinale, dépression, etc.

Les compétences du médecin
Comment le médecin peut-il agir afin de soulager, à défaut de guérir, une pathologie dont les déterminants sont à la fois insidieux et furieusement destructeurs, venus d’au-delà du patient lui-même, de son environnement, pour faire une pause malveillante dans son psychisme  et dans son corps ?

L’écoute
Si écouter est déjà un commencement de soulagement, alors le médecin est en situation de le faire. Toutefois si cela est une condition nécessaire, elle n’est pas pour autant suffisante.
La meurtrissure naît le plus souvent de l’ exigence des autres ou pire encore de celle que l’on se fait à soi-même sans aucune demande extérieure, posée comme un présupposé de ce que les autres, tout ce qui n’est pas soi, attendraient.

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Comment le médecin peut-il guider et éclairer le patient ?

Le médecin peut s'appuyer sur les trois fondements qui permettent à une personne de trier ce qui est juste et bon pour elle de ce qui n'a pas de sens, à savoir ce qui procède du besoin, de l'envie ou de l'exigence

La conduite d'aide du médecin est de permettre à la personne souffrante de distinguer ce qui est de l'ordre de ses besoins, de ses envies, voire de ses exigences.
Ce qui est perçu comme un besoin n'est peut-être qu'une exigence extérieure ou interne. De ce démontage naît une possibilité thérapeutique qui consiste à analyser pourquoi une envie ou une exigence est appréhendée par le patient comme un besoin.
 

Les besoins, les envies et les exigences

Les besoins fondamentaux d'une personne ont été exposés par un économiste chilien Mandfred Max Neef qui a enrichi les travaux de Marshall Rosenberg sur la « communication non-violente ».

L'être, au-delà des besoins corporels du boire, du manger, du dormir, de la satisfaction de ses fonctions vitales voire sexuelles, de mise à l'abri du corps, a aussi des besoins de repos et de détente, de sécurité et de protection, d'amour et d'intimité, de reconnaissance et de compréhension, d'autonomie ou de liberté, de jeu, de sens ou de spiritualité.

D'emblée nous entrevoyons que bien souvent dans les états de stress l'un ou plusieurs de ces besoins ne sont pas comblés. Comment alors trouver son équilibre intérieur alors même que ce qui constitue la base de cet équilibre est pris en défaut ?

A partir de cette analyse qui s'appuie sur ces trois niveaux - le besoin, l'envie et l'exigence - nous pouvons aisément comprendre combien il sera difficile pour une personne de ne pas subir des tensions internes extrêmes s'il est en situation de grande précarité matérielle et affective par absence de ressources, de logement, ou en état de grande solitude.

Même si nous quittons ces situations les plus dévastatrices, il reste vrai que l'insatisfaction des besoins fondamentaux entraîne une inquiétude qui maintient l'individu en état d'insécurité interne.

De quoi procède l'envie ?

D'une projection vers l'avenir, d'une satisfaction moins austère, moins souterraine que celle d'un besoin. Elle est une part de fantaisie qui vient combler le sentiment de liberté et de singularité. A bien y regarder, certaines envies sont très proches des besoins alors que d'autres viennent à l'orée des exigences. C'est ainsi qu'un logement salubre est un besoin, mais un logement personnalisé arrangé à son goût est une envie. Mais l'un et l'autre se confondent pour faire un chez soi qui procure sécurité, repos, intimité et autonomie.


Et les exigences ?


A l'opposé, les envies qui relèvent du paraître, sont plus proches des exigences personnelles ou sociales, on en veut pour preuve les innombrables envies consuméristes travesties en besoins et qui ne sont qu'exigences.

C'est précisément des exigences que naît le stress.

Quelles soient dictées par l'autre, celles qui procèdent de l'autorité professorale ou professionnelle, celles qui procèdent du devoir parental, conjugal, civique ou religieux, ou bien qu'elles soient l'obligation que l'on se fait à soi-même, les exigences sont des chausse-trapes dans lesquelles bon nombre tombe.

Vais-je être à la hauteur de ce qui m'est demandé ? Je me dois de faire, je me dois de réussir. Kyrielles d'étapes à parcourir, d'épreuves à surmonter, de défis à relever, c'est le lot de l'exigence.


Le patient doit s'interroger


Qui exige que vous fassiez cela ? Pouvez-vous y renoncer ? A défaut pouvez-vous le réaliser autrement ? Pouvez-vous vous faire aider ? En quoi est-ce indispensable pour vous ?

A titre d'exemple, une personne en surpoids qui veut maigrir et qui reçoit une sévère remontrance sur son lieu de travail, peut en ressentir de la tristesse et du désarroi. Cet état émotionnel génère une envie de manger, elle grignote ce qui lui donne réconfort et calme. La répétition de cette situation de stress trouvera sa réponse par le grignotage mais aussi une pensée automatique qui se résume en « je suis nulle puisque je ne peux résister au fait de manger sans faim alors que mon projet est de maigrir ».

La personne conforte par un constat personnel d'incompétence les reproches formulés à son travail. Il faut bien une part de vérité sur mon incompétence sociale puisque je ne peux mener mon projet personnel.

Selon Carl Rodgers, l'individu a en lui de grandes ressources pour se comprendre et modifier sa conception de lui-même et sa façon de se comporter. La mobilisation de ses ressources internes rapprochée de l'analyse d'une situation dans la trilogie besoin, envie et exigence, conduit le patient à trouver ses solutions pour résoudre son conflit psychique et baisser son niveau de stress.


Les changements et le stress

Le dernier point de résistance est l'appréhension du changement qui se traduit le plus souvent en termes de conséquences imaginées : « Si je change alors... », il s'en suit une avalanche d'effets adverses supposés qui touchent non seulement la personne elle-même mais aussi ses proches, ses collègues, son environnement. De cette apocalypse fantasmée naît la peur du choix et du changement. A en croire Sénèque, il est plus de choses dont on a peur que dont on a mal.

C'est précisément sur la relativité des conséquences que le médecin peut conduire son patient : « et bien imaginons que cela se passe comme vous le dîtes, que croyez-vous qu'il arrivera après, et encore après ? Dans ce cheminement en cascade jusqu'aux confins de la peur des conséquences, le patient reprendra un plus juste point de vue critique qui le conduira à croire que rien ne peut être si précisément supposé et que cela procède d'une spéculation, donc d'une chose dont il a peur sans pour autant l'assurer qu'il en souffrira.


Le corps dévasté par le stress

Si le stress est un état qui participe à la vigilance, son accentuation, voire son envahissement, est une situation qui conduit à des déséquilibres psychiques majeurs dont la plupart retentissent sur le corps. C'est ce corps abîmé qui est présenté au médecin. Reste à ce dernier d'aider le patient à reprendre le chemin qui l'a conduit dans l'impasse du conflit interne. Le parcours n'est pas univoque, l'approche par la trilogie du besoin, de l'envie et de l'exigence n'en est qu'un parmi d'autres.


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* Médecin généraliste - Professeur de Médecine Générale - Faculté de Médecine Pierre et Marie Curie, à Paris.

(24/11/2007)

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